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lundi 5 novembre 2018

Paint it black

[Chers lecteurs, je me dois de vous avertir que ce billet traite de dépression et autres sujets connexes. Je ne peux donc que conseiller aux personnes sensibles vis-à-vis de ces sujets d'échapper à cette lecture en allant consulter ce lien]

Novembre 2014, un samedi soir, de retour d’une soirée d’anniversaire pleine de bonnes choses, de jeux, de sucreries et de gens adorables, un retour en métro, probablement un peu ivre, un pas de danse sur le quai, et soudain la rupture.
Une brisure, immense, profonde, pourtant indolore, qui remonte du diaphragme à la trachée, et me met à genoux. Une myriade de souvenirs, douleurs, blessures et rancœurs qui s’abattent sur mon crâne. Un torrent de larmes qui brise tous mes barrages et me laisse vidé et brisé.
J’ai fini de regagner mon domicile hagard, frissonnant, incapable d’échapper au flot de mes pensées, de plus en plus douloureuses et insoutenables. J’ai passé la nuit et la journée du lendemain prostré, et les jours suivants à me rendre à mon travail, que pourtant j’adore, crispé et en lutte perpétuelle pour tenir debout.
En vérité cela faisait déjà plusieurs mois que cela n’allait pas, mais que je me le cachais par divers artifices. C’était sûrement une tristesse passagère, une déconvenue amoureuse, un peu de surmenage qui passerait avec les vacances, une année qui avait été plus chargée que les précédentes.
Il m’a fallu encore deux semaines de journées interminables, de nuits sans sommeil et de luttes contre la tentation de mettre fin à mes jours pour que finalement j’aille au petit matin implorer de l’aide à mon médecin. Quelques séances, bilans, traitements temporaires, insomnies et visites de spécialistes plus tard, le diagnostic était clair : j’étais en dépression.
Ce n’était pas tant le fait d’un événement précis que d’une accumulation. Des tristesses infantiles comme nous en connaissons tout.te.s, quelques années de harcèlement scolaire, des renoncements personnels et déracinements qui, dans ma course vers le doctorat et le statut envié et privilégié d’enseignant-chercheur m’ont conduit plusieurs fois loin des personnes auxquelles je tenais, des blessures très personnelles, de la tension, du stress, une injonction au bonheur que devait forcément impliquer ma situation professionnelle, et un métier qui, très pesant pour peu qu’on le prenne à cœur, m’a fait encaisser plus de fatigue et de soucis que je ne pouvais finalement en gérer.
Évidemment en écrivant ce billet, ravivant ce blog qui s’était lui aussi arrêté de fonctionner il y a 4 ans (coïncidence rigolote, mais qui n’en est peut-être pas une), j’aimerais pouvoir vous dire que depuis tout va mieux et que la médecine, le repos, une vie plus saine et cinq fruits et légumes frais par jour m’ont permis de guérir et de redevenir celui que j’étais naguère, ou à défaut le citoyen heureux et productif que je me devrais d’être. Mais vous connaissez les lois du récit autant que moi, et vous vous doutez bien que ce n’est pas vraiment le cas. Ma prise en charge médicale, mes ami.e.s (que je ne remercierai jamais assez), les soutiens forts que j’ai reçus, les rencontres précieuses faites en cours de route, le travail sur moi-même n’ont pas été inutiles, mais la route est plus longue qu’on ne le voudrait au départ. Il y a eu des mieux et des pires, des événements heureux et malheureux, des périodes de guérison et d’autres de rechute, et je me dois d’accepter que ce n’est pas une simple grippe dont je me relèverai la semaine prochaine.

Je suis dépressif, et cela va probablement durer encore longtemps.

Et pourtant je ne m’en plains pas, j'estime avoir été chanceux dans cette histoire.
D'une part parce que cette dépression a attendu que je sois à un stade assez avancé dans ma vie professionnelle pour ne pas la faire exploser en vol. Si elle était survenue pendant mes études, ou ma thèse, ou pendant ma recherche de poste post-thèse, les conséquences directes auraient été clairement plus catastrophiques. Là, parce que mes collègues sont des gens extraordinaires (et attentifs) et que mon état n'était pas non plus le plus grave du genre, j'ai pu continuer à travailler, en aménageant mon emploi du temps et en effectuant une plus grande partie de mon travail de chez moi (ce qui facilite les choses lorsque l’on a un rythme erratique et qui plus est que l’on vit en Ile-de-France avec ses transports si chaleureux).
D'autre part parce que j'ai eu les moyens financiers de me soigner correctement. Alors que les Centres Médico-Psychogiques en Ile-de-France sont en sous-personnel et qu'aucun spécialiste ne reste au tarif simple, d'autres que moi ont du mal à bénéficier du suivi nécessaire : un CMP peut avec un peu de chance vous proposer 15 minutes avec un psy tous les mois. Au plus fort de ma dépression j'étais chez ma psy une heure par semaine, pour presque 300€ mensuels, remboursés à moitié, loin de la portée de tout le monde, surtout quand votre budget est déjà limité par les arrêts de travail, le chômage ou le RSA.
Et finalement parce que comme dit plus haut j'étais entouré. Malgré une tendance personnelle à l'isolement, surtout en période difficile, j'ai pu compter sur les gens autour de moi pour ne pas me laisser livré à moi-même et m'aider à passer le cap, alors même que je n'étais pas forcément facile à vivre dans ces moments là (et je ne vous oublie pas).

Alors pourquoi en parler aujourd’hui ? Pour attirer sur moi les larmes panglossiennes diront certains, et avoir mon quart d’heure de réactions amicales et chaleureuses (qui seront toujours appréciées, ne nous mentons pas) ? Pas vraiment, je me décide à en parler ouvertement (parce qu’en vérité celleux parmi vous qui me suivent de longue date ont déjà dû voir de nombreux indices) surtout parce que plus se déroule autour de moi ce plan de la société-usine, dans laquelle personne ne se doit d’être défectueux, plus il me semble important de briser le tabou dépressif, accepter et revendiquer mon état, pour pouvoir avancer. Oui, je souffre d’une maladie, dont les symptômes ne sont pas aussi criants que d’autres mais qui en est non moins réelle. Pas simplement d’un trouble psychologique, qui se résoudrait par la parole, mais plus vraisemblablement d’un soucis dans la chimie de mon cerveau, qui fait que je ne suis pas aussi fonctionnel que je le voudrais. Oui, je peux parfaitement passer pour une personne en pleine santé, peut-être juste un peu plus fatiguée que d’ordinaire, certains jours, tandis que d’autres le trajet de ma chambre à ma cuisine mériterait une trilogie de Peter Jackson, en version longue. Non ce n’est pas de la paresse, et pourtant je ne serai plus aussi « productif » que pendant ma thèse. Non je n’ai pas arrêté le travail, car malgré les crispations que provoquent certaines personnes en haut lieu, cela reste pour moi un élément qui me permet de me tenir debout, un horizon auquel me rattacher, et une source de gratification personnelle, mais je ne peux plus travailler de la même façon qu’avant pour autant (même si je resterai quoiqu’il en soit le pire cauchemar de mes étudiant.e.s, certaines choses ne changent pas). Et non ce n’est pas juste « de la tristesse », mais plus un poids permanent à porter, un filtre qui déforme les souvenirs et le vécu, qui rend la nuit plus obscure, la lumière plus crue et agressive, la douceur plus rêche, le bonheur irritant, les angoisses insoutenables et qui profite de chaque moment de faiblesse pour tenter de vous entraîner vers le fond.
En parler aussi parce que la vérité crue et froide est que je suis un cas beaucoup moins isolé que je ne le pensais au départ, et qu’une fois franchi un certain seuil j’ai pris conscience de la quantité de personnes souffrantes de maux comparables et qui pour beaucoup ne peuvent pas (ou ne veulent pas, c’est un choix qui leur appartient) en parler. La dépression est un de ces « maux invisibles » qui pourtant aurait touché 9,8 % des 18-75 ans en France en 2017. Et si les femmes sont deux fois plus touchées que les hommes, et que les personnes socialement oppressées (racisées, homo/bisexuelles, trans, non-binaires ou agenre, etc.) ont beaucoup plus de risque d'en souffrir, la maladie se moque des "signes extérieurs de vie heureuse" que peuvent être les revenus, l'activité professionnelle ou la situation de famille (Robin Williams était dépressif depuis des années, alors que pour la majeure partie du monde il avait l'image d'une des personnes les plus heureuses qui puissent exister). Je veux ainsi d’une part dire et redire à tou.te.s les personnes qui souffrent à quel point elles ne sont pas responsables, ni coupables, de leur état, qu’elles ont le droit d’aller mal et de demander de l’aide, et que même si la disparité de la qualité de prise en charge est parfois affolante d’un endroit à l’autre, il y a des gens à leur écoute, et que le simple fait qu’elles continuent d’être là, même si elles ont l’impression de ne pas avancer, est une victoire en soi. Et surtout rappeler aux autres que nous avons tou.te.s autour de nous des personnes dépressives, ponctuellement ou de façon chronique, ou souffrant d’autres maladies et troubles plus lourds à porter encore, et qu’elles devraient essayer d’être un peu plus attentives à cela. Certaines sont en maladie déclarée, d’autres tentent tant bien que mal de se soigner sans tomber le masque (j’ai surpris un collègue le mois dernier en lui révélant mon état, alors que je le côtoie régulièrement depuis 4 ans), d’autres n’ont même pas ce luxe et, du fait de leur situation personnelle, doivent parfois continuer à avancer coûte que coûte malgré le vide et la douleur. Ces personnes ont besoin de toute l’aide qui peut leur être apportée, même si cela n’est parfois qu’un message d’encouragement et de réconfort.
Et finalement en parler pour mes collègues, jeunes et moins jeunes, qui chaque jour se battent pour enseigner et faire avancer la recherche, dans un métier particulièrement touché par les troubles psychiatriques. Nous évoluons dans un contexte de travail toxique, fait de passion, d’abnégation et de dépassement de soi permanent, dans lequel personne n’en fera jamais assez et qui pousse à toutes les pressions et tous les surmenages. J’assiste de plus en plus dans mon entourage professionnel à la descente et aux désillusions de collègues qui ont tout donné pendant des années et doivent progressivement affronter qui l’enlisement, qui l’absence de postes, qui la précarité prolongée, qui le manque de perspectives, et assistent impuissant.e.s au démantèlement de tout ce qui nous rendaient fièr.e.s de ce métier. C’est en premier lieu à nous qu’il appartient de faire évoluer notre profession pour en déconstruire cet appel à la compétition constante que nous dénonçons pourtant depuis des années. Et aussi, et surtout, de protéger les plus jeunes et plus précaires d’entre nous, qui se retrouvent à évoluer dans un stress et une incertitude de plus en plus oppressants avec le temps. S’il y a au moins une chose que nous pouvons faire à notre niveau, c’est de ne pas devenir nos propres bourreaux.

Et pour le reste, continuer d’avancer, un jour à la fois, un pas à la fois.

Ce blog reprendra peut-être un peu d’activité dans les temps qui viennent. Peut-être.

mercredi 18 mars 2015

Carthago delenda est

Partout dans le Royaume de France et de Navarre, et surtout de l’Éducation Nationale, c'est la crise, le grondement, c'est l'appel au ban et à l'arrière-ban, la guerre sainte, la croisade, la cause de toutes les causes. Et pour raison, puisque ce sont les racines latines et grecques de l'enseignement qui sont attaquées.
De cette réforme, on ne sait encore pas grand chose. Les options facultatives et emblématiques que sont latin et grec ancien au collège seraient remises en causes, pour être intégrées dans de nouveaux enseignements interdisciplinaires à la nature encore floue (et dont je n'ai pas compris si elles seraient de tronc commun ou optionnelles). Cela suffit en tout cas à réveiller tous les défenseurs des langues anciennes scolaires, tant il est vrai qu'il n'y a rien de plus à craindre venant du Ministère de l’Éducation Nationale qu'une réforme dont on ne connaît pas le contenu exact (ceci n'est pas un sarcasme, des années de pratique universitaire m'ont démontré que le gouvernement ajoute toujours en dernier moment des petites lignes dans le contrat, et pas des comme on aime). Et dans ce maelström argumentatif se mêlent étrangement réflexes poujadistes certes (parfois aux relents nationalistes ), mais aussi vraies remarques et réflexions sur l'intérêt des langues anciennes dans la formation des élèves. Et en effet des points positifs il y en a, beaucoup. Tout comme il y en aurait à étudier d'autres arts que ceux musicaux et plastiques, à faire de l'astrophysique, de l'informatique, plus de mathématiques, etc.

Parce que le problème c'est que tous ces arguments, même si certains font tout à fait sens, tapent à coté de la question.

La question importante n'est pas celle de l'utilité « dans l'absolu » mais celle de l'opportunité et de la stratégie. Il convient de se demander en quoi sous leur forme actuelle l'étude des langues anciennes participe de la bonne formation des élèves, en quoi elle constitue un rouage de la politique d'enseignement public, et en quoi et comment il peut être pertinent d'appuyer ou non sur ces éléments de formation.
Et c'est autour de cette question qu'arrivent les vrais problèmes, car si oui les langues anciennes sont un apport, elles sont dans notre système éducatif actuel un apport mal amené, et l'objet d'un détournement au service de ce qui est le vrai fléau de notre société : l'élitisme scolaire.
Latin et Grec ancien sont en effet non seulement des disciplines tout à fait intéressantes, mais aussi (et malheureusement surtout) un moyen de commencer à faire ressortir un ensemble d'élèves comme étant « les bons », ceux qui ont déjà de bons résultats, ceux qui ont la marge de manœuvre pour approfondir, ceux qui ont la capacité de travail, ceux qui du coup vont apprendre plus (voir à ce sujet cet excellent billet d'Alexandre Delaigue sur signal et capital humain). Ce n'est un secret pour personne : faire du Latin, du Grec ancien (et de l'Allemand) ça « ouvre des portes », ça mène « dans les bonnes classes » et ça augmente à terme la probabilité d'effectuer la partie supérieure de sa formation dans le système « Classe Prépa puis Grande École » plutôt que dans les filières professionnelles. C'est l'occasion, dès la fin de 5me (donc quand les élèves ont environ 12 ans) de séparer une cohorte qui sera « la future élite latiniste et helléniste » de celle des vulgi discipuli.
Cet élitisme par les langues anciennes a ceci d'autant plus contestable que comme il prend la forme d'options facultatives, il implique que le système éducatif va mettre plus de moyens (car plus d'heures d'enseignements) sur ces élèves qui sont déjà reconnus comme meilleurs que les autres. Cette pratique, que certains drapent derrière l'étendard hypocrite de la méritocratie, est révélatrice d'une idéologie non assumée de notre système d'enseignement : détacher tôt un groupe de tête, à qui l'on va apporter moyens particuliers (classes européennes, options de langues anciennes, puis classes préparatoires, grandes écoles, etc.) et pousser au plus loin pour en faire « l’Élite de la Nation », ceux qui auront la meilleure formation, le taux de chômage le plus faible, les prétentions salariales les plus élevées, les réseaux les plus intéressants. Si l'on croise ceci avec une analyse des classes socioprofessionnelles d'origine des élèves ainsi mis en avant (je n'ai pas de chiffres sous la main, mais si vous avez, qu'ils me confirment ou m'infirment, je suis preneur), on ne doit pas être loin du constat de la mise en place d'une véritable aristocratie républicaine (et oui il y a des exceptions, mais au Moyen-Age aussi les seigneurs anoblissaient des roturiers méritants).
Ainsi, le Latin et le Grec Ancien sont en soi des disciplines tout à fait appréciables et dont les apports sont réels pour les élèves, le vrai souci repose sur la façon dont elles sont intégrées dans les parcours scolaires et l'usage détourné qui en fait par notre société. Il faut avant tout se demander si nous avons vraiment besoin de cette « élite » des grandes écoles françaises (vous devez déjà commencer à entrevoir mon avis sur la question), et quelle politique de formation nous voulons développer : des moyens absolument égaux pour tous, des moyens renforcés en compensation pour les publics les moins favorisés parce que « les bons seront bons de toute façon », ou des moyens renforcés pour les déjà brillants « parce qu'une fois au sommet ils tireront le reste de la société en avant ».
Il faudra donc en premier lieu s'interroger sur ce système éducatif qui à l'âge de 12 ans (parfois même avant) trace le destin d'enfants en fonction de leur milieu familial et de leurs préférences scolaires, sur ce système qui fait remonter de plus en plus jeune la pression de la réussite sur des enfants qui n'ont absolument pas demandé à hériter si jeunes des angoisses de leurs parents, sur ce système qui clame haut et fort qu'il cherche à gommer les inégalités alors qu'il ne fait en réalité que les creuser de plus en plus au fil des années.

Une fois que nous aurons répondu à cette question nous pourrons nous reposer celle de définir quels savoirs sont prioritaires à développer (parce que non, tout ne peut pas être une priorité, il faudra assumer de faire des choix parfois difficiles par moments) et sous quelle modalité (tronc commun, options à choix, activités périscolaires, etc.). Mais aucune configuration ne pourra être efficace tant que les systèmes d'enseignements secondaire et supérieur seront basés sur la sélection, car tout choix sera au final détourné pour en faire un critère d'élitisme.

Les langues anciennes sont des matières qu'il faut respecter, elles ont énormément à apporter aux enfants. Ce ne sont ni le Latin ni le Grec Ancien le vrai problème.

Parce que ce ce n'est pas Rome ou Athènes qu'il faut détruire.

Ce qu'il faut détruire, c'est Carthage.

mercredi 7 août 2013

Beyond the Veil

Pendant mes jeunes années, il m'arrivait, entre deux parties de jeu de rôle, de fréquenter l'université à laquelle j'étais inscrit. Histoire de passer les contrôles et examens de rigueur d'une part, et de rassurer certains de mes enseignants de l'époque sur le fait que non ils n'avaient pas besoin de signaler ma disparition à la maréchaussée (j'avais des enseignants très prévenants, vraiment).
Comme beaucoup de rôlistes, j'avais également le bon goût d'afficher publiquement ma participation à des loisirs non reconnus par la Convention de Genève par quelques fantaisies vestimentaires, parfois plus ou moins discrètes. Je passerai aujourd'hui sur le genre de réactions que peut provoquer le fait de porter une bourse de dés à la ceinture ou de se pointer en amphi avec une chemise à lacets, même si cela provoquait parfois des situations... intéressantes. L'une de ces fantaisies fut ainsi de porter pendant une période assez prolongée un pendentif en forme de croix ansée autour du cou.
La croix ansée, ou ânkh, est à l'origine un symbole issu de la mythologie égyptienne. Représentant la vie, et par extension l'immortalité, il était associé aux représentations de divinités, marquant leur statut. De nos jours, de par son origine mythologique et sa symbolique (l'immortalité), l'ânkh a été récupérée dans l'iconographie de plusieurs groupes de metal, de courants gothiques et de jeux de rôles (dont le très bon Vampire : La Mascarade, qui occupait une bonne partie de mon temps libre d'alors). Je portais donc cette croix clairement plus pour sa symbolique contemporaine (et pour des raisons esthétiques) que par ferveur envers les dieux de l'ancienne Égypte.
Mais quel ne fut pas un jour mon désarroi de me faire prendre à partie par un gardien de l'université au sujet du pendentif en question. Mais oui jeune homme ! Il est interdit de porter ce genre de choses dans un établissement d'enseignement ! C'est un symbole religieux voyons ! Il y a des lois contre ça !
J'ai été pris à partie plusieurs fois par le gardien en question cette année là. Toujours sur le même refrain. Je savais qu'une loi interdisait le port de signes religieux ostentatoires dans les écoles, mais étant donné d'une part que nous étions à l'université, pas dans le milieu proprement scolaire, et d'autre part que s'il s'agissait d'un symbole d'origine religieux, c'était d'une religion n'ayant plus cours depuis des siècles et que je le portais sans aucune considération de croyance quelconque, je n'étais pas sur d'être réellement concerné par cette interdiction. Je me suis donc contenté à l'époque de rendre la répartie au gardien, garder mon collier, et attendre de voir si quelqu'un d'autre trouvait à y redire. Ce ne fut pas le cas.

Ceci dit toutes ces invectives m'ont turlupiné des années après quand, en tant qu'enseignant, j'ai vu entrer pour la première fois une étudiante voilée dans mon amphithéâtre. Compte-tenu de la situation de tension que peut parfois provoquer la chose religieuse quand on la mélange aux affaires publiques et universitaires, je ne pouvais pas feindre d'ignorer la question. Sans aller harasser l'étudiante (contrairement au mythe de l'enseignant maléfique on évite en général d'aller chercher des noises aux étudiants sans être sûrs d'avoir une bonne raison de le faire), je suis allé me renseigner auprès de mes collègues pour savoir ce qu'il en était de ces histoires de port de signes religieux à l'université. Le moins qu'on puisse dire est que de façon générale la plupart n'en savaient pas vraiment plus que moi. Tout le monde avait entendu parler de l'interdiction dans les écoles, collèges et lycées mais personne ne savait si elle s'appliquait dans le supérieur. Il faut bien admettre qu'il manque clairement dans la formation des enseignants-chercheurs un séminaire pendant lequel on nous ferait apprendre tous les textes en vigueur concernant notre fonction et nos établissements. Nous n'avons que rarement cette culture juridique au départ, alors que nombres de questions pratiques y sont liées.
Les discussions sur le sujet ont alors révélé des difficultés subtiles. Globalement tout le monde était pour dire qu'à moins que la loi ne nous y oblige, il n'y avait pas là raison d'aller chercher des noises à cette étudiante (ce qui est tout à fait normal me direz-vous, et le minimum à attendre de la part d'agents du service public). Là où la situation devenait plus compliquée, c'était de savoir quelle attitude adopter vis à vis d'autres étudiants qui viendraient en cours avec la tête couverte. Par exemple une casquette, un chapeau, une capuche, un bonnet, etc. Le nœud du problème étant qu'à partir du moment où une étudiante était autorisée à avoir la tête couverte en cours, quelle qu'en soit la raison, l'autorisation valait pour les autres étudiants aussi, quelles qu'en soient leurs raisons.
En effet, interdire globalement à nos étudiants le port de couvres-chefs divers et variés en cours mais faire une exception pour cette étudiante voilée revenait à faire une exception de traitement basée sur un motif religieux. Pas spécialement le genre de chose encouragée au sein du service public. Cela peut sembler pointilleux et inopportun mais depuis ce jour, je considère mes étudiants libres de porter le couvre-chef qui leur sied dans mes cours, quand bien même j'ai du mal à saisir l'intérêt de porter un bonnet ou une casquette dans un amphithéâtre généralement bien chauffé (les IUT sont riches comparés aux facs, nous pouvons nous permettre le luxe de chauffer correctement nos locaux en hiver).
Cette ligne de conduite peut sembler sinueuse, voir cocasse pour certains, mais je pense qu'elle est révélatrice de la vision que j'ai de la « laïcité » de l'enseignement supérieur : la question que nous devons nous poser dans notre mission de tous les jours, ce n'est pas de savoir si un comportement venant d'un étudiant est lié à des motifs religieux ou non (après tout une autre étudiante pourrait très bien un jour arriver avec un foulard sur la tête simplement pour cacher aux autres les conséquences d'une chimiothérapie), mais de savoir si ce comportement gêne ou non la bonne tenue des enseignements. Qu'une étudiante porte un foulard sur la tête ne m'empêche pas de lui faire cours. Qu'un étudiant masque son visage (que ce soit d'une cagoule, d'un niqab, ou d'un masque de Guy Fawkes) me gênerait par contre beaucoup plus (j'aurai du mal à communiquer avec une personne dont je ne vois pas le visage).

Au final, je n'ai eu que peu d'étudiantes voilées en cours depuis que j'enseigne. A noter qu'en informatique, il y a de toute façon peu d'étudiantes au départ. Je ne me permettrai donc pas de tirer de généralisation de ces quelques cas particuliers. Toujours est-il que dans ce contexte, les interrogations récentes autour de la question du voile à l'université levées par le Haut Conseil à l'Intégration n'arrivent qu'après que la plupart des enseignants aient eu l'occasion de se faire un avis sur la question (d'ailleurs, ce rapport se base sur une étude de la CPU datant de 2004, soit prêt de 10 ans).
Dans les faits, l'interdiction du port de signe religieux dans le milieu scolaire est fondée sur l'idée de s'assurer que les écoles, collèges et lycées restent des lieux dans lesquels les élèves, mineurs, restent protégés du prosélytisme commercial, politique et religieux. Dans le milieu universitaire, alors que nous nous adressons à des étudiants majeurs et que l'on souhaite pourvu d'un minimum d'esprit critique, cette idée de sanctuaire n'a pas lieu d'être. Si les agents de l’État doivent eux clairement conserver la neutralité qui va avec leur fonction, nous n'avons pas à imposer cette neutralité à nos étudiants tant qu'ils ne perturbent pas les cours. Même si à titre purement personnel je n'adhère pas au discours et au symbole que représente le port du voile, je n'ai pas à dire à mes étudiantes ou étudiants comment se vêtir, et je trouve que c'est très bien comme ça. Tant que personne ne perturbe mes cours, je n'ai rien à dire, et si un jour un étudiant cherche querelle à une autre sous prétexte qu'elle porte le voile en cours, c'est bien l'importun que je mettrai dehors, pas l'agressée.

Maintenant le rapport du Haut Conseil à l'Intégration touche également à d'autres sujets, comme l'utilisation de locaux prêtés par les universités à des associations pour des activités d'ordre religieux (ce qui pour le coup revient à une subvention publique de la pratique des cultes, et est interdit par la loi de 1905) ou la réfutation d'enseignements scientifiques par des étudiants trop imprégnés de leurs convictions religieuses (ce qui là relève clairement du trouble à bonne tenue des enseignements). Ces questions me semblent personnellement beaucoup plus importantes à traiter dans notre contexte actuel, mais bizarrement elles restent comme souvent cachées derrière un voile.

vendredi 2 août 2013

Best served cold

Si je porte une certaine affection aux serpents de mer, il faut également noter qu'en tant que blogueur sans inspiration je nourris un certain attrait pour les marronniers, tant ils aident à trouver des idées de billets sans trop avoir à se fouler (il faudra d'ailleurs à l'occasion que j'essaie de cuisiner du serpent de mer aux marrons, voilà qui pourrait me valoir la notoriété culinaire qui manque à ce blog). Je dois cependant concéder que je préfère mes marrons comme je goûte la vengeance et le gaspacho : glacés, et avec un zeste de citron. Je vais donc profiter des températures estivales pour vous rafraîchir avec un marronnier qui a pris le temps de reposer un peu : celui du baccalauréat.
Pour tout vous dire, le point de départ de ce billet est venu d'une discussion sur twitter avec l'un de mes compagnons d'aventure de longue date. Alors que tout ce que le petit monde de l'internet français compte de personnes sachant écrire commentait l'annonce du taux de réussite officiel de l'année (une bonne cuvée, assurément), et surtout s'attristait du fait que ce taux de réussite supérieur à 90% ne pouvait signifier qu'une baisse de niveau. Je relevais à quel point cette réaction était la preuve d'un conditionnement fort de tout le pays au concept de la constante macabre.

La constante macabre est une notion nous venant d'André Antibi, enseignant et chercheur en didactique. Cette notion peut se résumer à l'idée qu'un enseignant évaluant un ensemble d'élèves se sentira toujours « obligé » de mettre une certaines quantité de mauvaises notes, indépendamment du niveau réel de l'échantillon d'élèves évalués. Cette « obligation », fortement liée à la longue tradition de « machine à sélectionner » de notre système d'enseignement, fait qu'un enseignant qui ne se montre pas assez méchant sera taxé de complaisance et de laxisme et, à l'échelle nationale, que toute augmentation du taux de réussite à cette grand-messe qu'est le baccalauréat ne peut signifier qu'une chose : la baisse du niveau d'exigence. Oui, parce que pour que la nation entière se reconnaisse dans ce rituel académique, il faut que 15 à 20% de notre jeunesse y échoue chaque année. Pas de rituel sans sacrifice de rigueur.
Je ne nie pas que la question de la « baisse générale » du niveau scolaire soit un sujet auquel il faille être attentif, mais il se caractérise moins par le taux de réussite au baccalauréat que par la baisse de la France dans les évaluations PISA et du décrochage sensible entre le niveau des neo-bacheliers et les attentes du milieu universitaire. Le fait qui me dérange est que du point de vue du grand public, il ne semble pas pouvoir exister d'autre explication à ce taux de réussite élevé qu'une baisse du niveau d'exigence. Personne ne viendra se dire que les candidats de cette année étaient d'un meilleur niveau global, ou qu'ils étaient dans l'ensemble mieux préparés, ou que les épreuves étaient en meilleure adéquation avec les programmes de terminale, ou que grâce à une meilleure orientation on a évité d'envoyer à la boucherie des élèves dont le profil ne correspondait pas au diplôme ou toute explication « positive » de la question. Pour la majorité, le niveau de notre jeunesse est un élément fixe d'année en année, ou ne peut aller que vers le bas et la variation du taux de réussite à un examen national ne peut s'expliquer que par une baisse d'exigence, point barre. Partant de ce constat, toute politique d'enseignement est donc de facto vouée à l'échec : quand bien même elle produirait des résultats positifs, ils seraient niés. Il ne reste donc qu'à mettre la clé sous la porte et attendre tranquillement en recyclant les commentaires d'une année sur l'autre.

Maintenant, de cette remarque initiale est ensuite venue une autre discussion, là encore assez saisonnière, sur le rôle du baccalauréat au sein de notre système éducatif et de notre société entière.
Pour rappel, le baccalauréat est historiquement et officiellement le premier diplôme de l'enseignement supérieur, à savoir un diplôme signifiant que son titulaire est apte à entrer à l'université ou dans une formation de niveau universitaire (classe préparatoire, BTS, DUT, etc.). Le hic, c'est que cette dénomination de « diplôme du supérieur » n'est en réalité qu'une dénomination d'apparat : que ce soit pour la rédaction des sujets ou l'évaluation, tout le travail est réalisé par des enseignants du secondaire, encadrés par des personnels du Ministère de l’Éducation Nationale, et suivant des directives relevant de l'EN. Le Ministère de l'Enseignement Supérieur et de la Recherche, pourtant normalement compétent sur toutes les questions liées à l'enseignement supérieur, n'intervient à ma connaissance pas dans la procédure, et les universitaires ne sont finalement présents qu'à des positions relativement symboliques dans le système (présidence de commission ou de jury) et sont toujours bien encadrés.
Le fait est que quoi qu'en disent certains, le bac est bel et bien dans les faits un examen de « fin d'études secondaires » qui ne répond pas particulièrement aux attentes du supérieur. C'est le marqueur d'une scission forte qui existe et demeure entre ces deux mondes que sont l'université et le milieu scolaire, et dont les premières victimes sont nos étudiants, qui découvrent en arrivant en amphi que ce sacro-saint Bac les a préparés à tout, sauf à l'université. Le comble de cette séparation se trouvant dans l'idée qu'a eu à une époque le gouvernement de créer un Baccalauréat Professionnel, qui est par définition un diplôme de formation professionnelle mais qui parce qu'il a été appelé bac laisse miroiter pour de nombreux jeunes la possibilité d'une poursuite d'études à l'université qui relève généralement du cauchemar.

A cela certaines voix dans les universités clament qu'il faudrait entériner ce caractère « diplôme de fin de secondaire » du bac en permettant à coté aux universités de mettre en place une sélection de leurs étudiants. Après tout, beaucoup de filières pratiquent déjà la sélection (sur concours ou dossiers) et s'en tirent pas mal du tout. Malheureusement, plus le bac s'éloignera des attentes universitaires, plus les faits donneront raison aux tenants de cette logique de sélection.
Je dis bien malheureusement, parce que ce serait à mon sens la pire voie à suivre : d'une part elle ajouterait une couche d'examens/dossiers/sélection sur la tête de lycéens qui franchement ont bien d'autres choses à faire à 17/18 ans que de stresser pour leur avenir. D'autre part une telle sélection, pilotée par chaque université dans le contexte de concurrence qu'est la LRU, ne pourrait aboutir qu'à favoriser des stratégies locales d'universités voulant s'en sortir et creuser le fossé entre « celles qui attirent et font le tri » et « celles qui prennent ceux qui veulent bien venir ». Ce serait un dernier clou dans le cercueil de l'égalité des diplômes français, et notre système d'enseignement supérieur n'a pas besoin de cela en ce moment.
Une autre piste, serait a contrario de réinvestir les universitaires dans la supervision et la préparation du baccalauréat. En permettant aux universités d'avoir une partie prenante plus forte non seulement dans la préparation des sujets et leur évaluation (ce qui impliquerait bien entendu d'apporter une compensation à ceux qui prendraient sur leur temps de recherche et d'enseignement pour s'investir dans ces taches) mais aussi pour réussir le tout d'avoir un rôle plus important dans la définition des programmes et des connaissances/compétences attendues de la part des lycéens.
Le principal défaut de cette orientation, outre l'aspect financier bien entendu, serait qu'il faudrait que le ministère de l'éducation nationale et ses agents acceptent de céder en partie leur contrôle des programmes d'enseignement et donc le contrôle de la politique d'enseignement scolaire aux enseignants de l'université, ce qui ne se ferait évidemment pas sans friction (et je comprends très bien que les enseignants du secondaire n'aient pas envie d'être dessaisis de leur compétence au profit d'universitaires souvent très distants des problématiques du lycée).

En attendant nous verrons bien à la rentrée ce que donneront les étudiants nous arrivant de la cuvée 2013. Parce que qu'ils soient meilleurs ou moins bons que leurs prédécesseurs, nous devons les former et leur faire atteindre un niveau avec lequel nous serions bien en peine de mégoter. Les employeurs en fin de chaine n'en ont rien à faire que le bac ait été plus ou moins bon, ils attendent du DUT un certain niveau de fiabilité, et nous le maintiendrons.

vendredi 5 avril 2013

La Grande Question sur la Vie, l'Univers et le Reste

Alors que la poussière retombe, comme elle sait si bien le faire, et que les premières évaluations en ligne fusent, l'école 42, nouvelle invention de Xavier Niel et Nicolas Sadirac, commence à prendre sa place et préparer son contingent de rentrée. Mais, si l'on peine à trouver dans la presse des voix divergentes sur le bien-fondé et la qualité déjà reconnue d'une école qui n'a pas encore ouvert, celle-ci n'a pas encore fini de soulever quelques questions. Et comme si son nom l'y destinait, elle soulève entre autres des questions de chiffres. J'avais déjà donné la semaine dernière une première réaction « à chaud » sur ce que m'avait inspiré l'annonce du projet. Cette fois-ci je m'interroge surtout sur certains faits et chiffres annoncés.

Parce que que sait-on, à l'heure actuelle de cette école, en terme d'indicateurs chiffrés ? Selon les sources et les présentations, elle est soit destinée à accueillir 1000 étudiants au total, soit à en accepter 1000 nouveaux par an, ce qui n'est pas du tout la même chose. Les versions variant selon les présentations, il peut convenir de creuser un peu, et de chercher ce qu'il en est. Vous verrez, vous ne serez pas déçus de ce qu'on peut trouver.
Nos seules informations fiables sont quelques indicateurs : l'école sera hébergée dans des locaux d'une surface de 4242m² (le fameux Heart of Code) et les coûts de fonctionnement sont estimés à 50 millions d'euros pour les 10 premières années. C'est à l'aune de ces informations que nous pouvons étudier les deux grandes hypothèses.

La première est que l'école a vocation à accueillir 1000 nouveaux étudiants par an et à les conduire au terme de la formation. C'est par exemple ce qui a probablement poussé le dirigeant d'Ametix à annoncer qu'il faisait une proposition d'embauche ferme aux 1000 premiers diplômés de l'école (proposition qui pour être tenue impliquerait que sa société connaisse une croissance d'environ 9000% en 5 ans, mais bon, dans le monde magique de l'informatique, tout est possible).
Si cette hypothèse tient, alors elle implique que pendant les 5 premières années l'école va « monter en charge » (oui, moi aussi je sais reprendre des termes techniques dans le texte pour mieux cibler mon public) pour atteindre un effectif total de 5000 étudiants (version utopiste, il y aura forcément de l'évaporation, même si elle reste pour l'instant impossible à estimer). Un tel effectif impliquerait donc que sur les 10 premières années, l'école connaisse un effectif cumulé de 40000 étudiants (le temps de la montée en charge).
Avec cette estimation, cela conduirait à calculer que d'une part, en rythme de croisière, la superficie de l'établissement sera d'environ 0,85m² par étudiant (4242/5000), ce qui est peu, convenons-en, et sera probablement un peu moins, vu qu'il faudra aussi intégrer de l'espace pour les enseignants et le personnel de l'école (à moins que l'entretien ne soit assuré par des Roombas, voila qui serait innovant). A ce niveau-là, il va falloir rajouter beaucoup de monde sur les magnifiques vues des futurs locaux pour donner une impression réaliste de ce que sera la vie dans l'établissement. D'autre part, cela permet d'estimer la dépense par étudiant à 1250€ par étudiant (50 millions / 40000), ce qui pour le coup impliquerait que 42 serait certainement la formation supérieure la moins coûteuse du pays (pour information, le budget par étudiant et par an d'une université comme Paris VIII est d'environ 5000€) et que du coup, Xavier Niel ne tient pas seulement une recette pour révolutionner l'informatique, mais aussi pour sauver le budget de l’État, et qu'il a oublié de nous le dire. Clairement, à la vue de ces chiffres, l'hypothèse d'un établissement de pointe sortant 1000 nouveaux « diplômés » chaque année semble peu réaliste. Ou alors les étudiants vont vraiment profiter du caractère « ouverture 24h/24 » de l'école pour organiser des roulements dans les salles machines, ce serait pour le coup une application des trois-huit très « professionnalisante » (ou appliquer des règles de vie dignes d'un équipage de sous-marin).

L'autre hypothèse serait que l'établissement n'est voué qu'à un effectif total de 1000 étudiants, pas plus. Cette version semble corroborée par l'annonce par Xavier Niel lui-même Florian Bucher (le directeur technique de l'école) lors de la conférence de presse lançant le projet (à 22min50s) que l'établissement sera équipé de « un parc informatique de plus de 1000 postes [...] 1 étudiant , 1 poste» et est donc relativement tangible. Elle apparaît également plus cohérente si l'on regarde à nouveau budget et superficie. Cela ramène en effet la superficie à 4,242m² par étudiant (de quoi respirer un peu plus, ou en tout cas éviter de travailler debout en tenant son ordinateur à bout de bras), et le budget de fonctionnement à 5000€ par étudiant, ce qui semble plus dans la norme des coûts de fonctionnement d'un établissement appliquant une pédagogie « par projets » (surtout en démarrant l'exercice avec un matériel et des locaux flambant neufs). Mais cette hypothèse-là présente un souci : c'est que dans les faits l'école va bien accueillir 1000 nouveaux étudiants à la rentrée 2013 (sélectionnés parmi 4000 qui participeront aux formations « piscine » de cet été).

Que va-t-il donc se passer dans un an ? Si l'effectif se maintient à 1000 étudiants, il n'y aura alors pas de place pour de nouveaux venus. Cela donnerait donc une école formant un contingent de 1000 personnes, en ouvrant ses portes une fois tous les 5 ans. Ça a un coté très « école d'élite ultra prestigieuse » mais semble complètement décorrélé des besoins des employeurs qui vont avoir besoin d'un flot continu de nouveaux développeurs, pas d'un lot quinquennal.
Donc pour assurer un flux continu, sans augmenter l'effectif total de l'établissement, il n'y aura qu'un moyen : miser sur les départs. Qu'ils soient volontaires (abandons, réorientations) ou forcés (personne n'a dit que l'école autoriserait le redoublement en fin d'année si un étudiant ne donne pas satisfaction). Il n'est donc pas impossible qu'à l'approche de l'été 2014, un grand nombre d'étudiants de cette école se retrouvent à faire leur valise après avoir manqué (par motivation personnelle ou par manque de niveau) leur première année. Après tout, le meilleur moyen de sélectionner et former des « génies », c'est encore de brasser large au départ et de ne garder que les pépites. Et puis qui pourra se plaindre ? L'école est entièrement gratuite, elle ne doit rien à ses étudiants, à aucun moment.
Ces étudiants (qui risquent au final de représenter une quantité non négligeable) se retrouveront donc au bout d'un an, avec une formation intensive mais non validée, des compétences imparfaites, et aucun mécanisme d'équivalence qui leur permette de valoriser leur année dans un autre établissement. Retour à la case Bac+0 (pour ceux qui auront passé leur bac avant de venir, les non-bacheliers pour le coup ne risquent effectivement rien), chose embêtante en fin de première année, plus difficile à supporter si on se fait éjecter à l'approche de la fin de cursus.

Bien entendu je n'affirme pas que c'est ce qui va arriver. Dans l'absolu nous ne savons pas, et certaines choses restent floues. Je pense qu'il serait toutefois bon, pour tous les candidats qui vont passer les sélections de cet été, de savoir à quoi s'en tenir sur cette question. Combien peuvent espérer passer en 2° année ? Valider le cursus court en 3 ans ? Combien arriveront au bout des 5 ans de formation sur la totalité des entrants ? Qu'adviendra-t-il des perspectives de ceux qui n'arrivent pas au bout ? Un choix d'orientation aussi marqué que celui-là (parce que la formation sera exigeante, c'est certain, et parce qu'elle ne permet pas de réorientation dans des cursus autres) mérite au moins d'être étayé par des informations claires, et pas de jolies promesses.

Maintenant il se peut que j'aie raté certaines informations sur le sujet, ou que j'aie mal lu certains chiffres. Si quelqu'un ayant plus d'informations sur le sujet passe par ici et peut fournir des éclaircissements, je serai ravi de les intégrer dans la réflexion.

Et comme je l'ai conclu dans mon précédent billet, de toute façon, nous jugerons sur pièce. Je préférerais juste éviter que dans le compte ce soient les étudiants qui servent de variable d'ajustement.

NB : mise à jour rapide en temps réel :
J'ai demandé à Nicolas Sadirac directement par twitter, qui vient de confirmer l'hypothèse "1000 étudiants par promotion". Ce n'est donc pas une formation en piscine, mais bien en sous-marin qui se profile.

mardi 26 mars 2013

Born 2 be alive

C'est ce matin, en grande pompe et après un buzz désormais très « traditionnel » (dont le nom de code fut #born2code) que Xavier Niel a annoncé son nouveau projet qui va « révolutionner » la société : une école d'informatique, gratuite, ouverte à tous les jeunes de 18 à 30 ans, en 3 à 5 ans, censée apporter de la fraîcheur, de l'innovation et des poneys arc-en-ciel dans un enseignement supérieur français sclérosé et maléfique qui ne laisse pas éclore les vrais talents. Derrière lui dans cette aventure Nicolas Sadiraz, fondateur et ancien directeur d'Epitech (une école « révolutionnaire » et « innovante » à quelques milliers d'euros par an, elle) ainsi que quelques uns de leurs anciens partenaires, qui ont participé à une conférence de presse aux allures de grand-messe messianique.

Derrière la couche de communication typique du personnage Niel (à grands coups de teasings, de messages plus si cachés que ça à force et moult références cette fois à Douglas Adams), le principe de son établissement semble être simple : l'accès est ouvert à tout candidat sans condition de diplôme (il faut juste avoir entre 18 et 30 ans), la scolarité (ouverte pour 3 ans dans l'immédiat, vraisemblablement sur 5 ans au final) est entièrement gratuite, tous les frais étant réglés par une association à but non lucratif financée pour le moment par Xavier Niel lui-même. Pas de diplôme ni de certification délivrée à la fin (enfin probablement un « diplôme » maison qui n'aura juste pas d'équivalence dans le système officiel), des locaux et un équipement pimpants et une méthode pédagogique bien connue : de la pédagogie par projets à toutes les sauces et en toutes circonstances.

Sur le papier cela vend bien, et il y a effectivement une initiative intéressante, celle de créer un établissement performant et gratuit. Cependant tout cela a été tout de suite vendu avec un discours particulièrement fort : l'enseignement supérieur français est mauvais au possible, voici enfin une école qui va bien faire les choses.
Et cette doctrine a été déclinée sur tous les tons : bouh la vilaine éducation nationale qui rejette des jeunes sans même le bac alors que ce sont certainement des génies méconnus, bouh les vilaines écoles qui ne font rien qu'à donner des cours aux étudiants qui aimeraient s'épanouir par eux-mêmes, bouh aux universités qui font des cours en amphi quand les supports de cours magistraux du MIT sont disponibles en ligne, bouh aux diplômes qui sont une sclérose du système français, bouh à ces programmes scolaires qui sont mal faits et n'enseignent pas les vrais choses utiles en entreprise. Bouh à tout le monde sauf nous qui sommes les seuls à bien faire les choses.
Du coup, pour faire passer le tout et faire rêver les cohortes de futurs étudiants, nos joyeux nouveaux messies de l'enseignement en informatique sortent la brosse à reluire de compétition. En expliquant à tous ceux qui ont du mal dans le parcours scolaire standard qu'ils sont de vrais génies non-reconnus et foulés au pied par une éducation nationale qui ne veut produire que de l'élève formaté, obéissant et incapables d'innover (on avait pas vu mieux depuis Percy Jackson, vous savez, cet adolescent hyperactif et dyslexique dont on découvre qu'en fait il est un demi-dieu plein d'énergie et dont le cerveau est « câblé » pour lire naturellement le grec ancien, mais si, rappelez-vous). Et pour assaisonner le tout, on nous présente les (futurs) locaux de l'établissement (visiblement pas encore construit, ce ne sont que des images de projets) avec bâtiments étincelants, intérieurs designs, ordinateurs rutilants (oui, pour une formation d'informatique étiquetée « pédagogie P2P », ils ont choisi de travailler sur Mac, les machines les plus cloisonnées du marché) et projet pédagogique ambitieux (oui, de la pédagogie en peer-to-peer, c'est à dire en gros de la pédagogie par projets et entre étudiants, parce que les profs de toute façon, ça ne sert pas à grand chose et ça râle trop, c'est bien connu).

Au final, qu'en penser ?

Personnellement je suis extrêmement partagé sur le projet. Si créer par pure philanthropie (ahem ahem) une école pour former des jeunes est tout à fait louable, reste à voir ce qu'il va en ressortir. Le modèle pédagogique mis en avant (qui n'a rien de nouveau, quoi qu'en disent ses promoteurs c'est de la pédagogie « nouvelle » et « active », comme il en existe dans certains établissements depuis très longtemps) donne de très bons résultats avec les étudiants déjà motivés et ayant le goût d'apprendre, mais ne convient pas à une grande partie de la population arrivant dans le supérieur, qui cherche souvent des repères que seuls les enseignants peuvent apporter, et qui a parfois aussi besoin d'être poussée pour avancer plutôt que de passer ses nuits à jouer avec sa guilde.
Sur le programme, déjà disponible en ligne (et qui ressemble plus à une plaquette publicitaire qu'à un vrai programme pédagogique, quand on observe le vocabulaire et les tournures employées), on peut se faire une idée du contenu des 3 premières années. La moindre des choses est de constater que les concepteurs de ce programme ont parfois une vision de l'informatique assez singulière (j'apprends que la programmation réseaux et l'assembleur x86 sont de « l'environnement UNIX ») et une hiérarchisation des notions assez différente de ce à quoi on peut être habitué (par exemple pourquoi attendre la troisième année pour faire du SQL tout en se précipitant sur l'IA dès la première année ?). Sinon il ressort qu'en effet ce programme est plutôt ambitieux (même si on ne sait pas trop pour l'instant si les étudiants verront tout le programme ou si c'est un menu à choix) mais qu'il est aussi très ancré dans les technologies et les outils, ce qui risque d'en faire une formation intéressante sur le court terme mais très rapidement périssable.
Car oui, il est clair que les employeurs sont souvent très demandeurs de jeunes sachant manier les « outils » les plus récents du marché, ce qui peut tout à fait rejoindre l'objectif de Xavier Niel : mettre sur le marché de l'emploi les jeunes dont les employeurs ont immédiatement besoin, dans un secteur où certaines sociétés pratiquent un turn-over effréné. Mais bizarrement les vieux ronchons d'enseignants que nous sommes avons pour principe de surtout inculquer à nos étudiants les méthodes et les processus qui leur permettront de continuer à être utiles tout au long de leur vie, et de n'employer les outils que comme éléments de mise en pratique, parce qu'une carrière dure plus de 40 ans et que les outils doivent rester ce qu'ils sont, des instruments utiles mais que l'on finira par remplacer.

A coté de cela, l'idée d'offrir une vraie chance à des rejetés de l'enseignement classique est une piste intéressante, mais qui là fleure bon l'argument commercial plus que la vraie stratégie de développement. C'est un fait, il y a des jeunes qui ne réussissent pas à s'épanouir dans le système d'enseignement français standard (qui est beaucoup plus multiple et polymorphe que ce que certains veulent bien nous faire croire) et qui pourraient être des personnes très brillantes si elles avaient une vraie chance. Ce phénomène est potentiellement plus marqué en informatique que dans d'autres disciplines, puisque cet enseignement ne démarre encore maintenant que trop tard dans les parcours scolaires (l'éducation nationale s'y met progressivement, mais tant qu'il n'y aura pas de vrais enseignants d'informatique générale dans les collèges et lycées il restera beaucoup à faire) et que les jeunes pouvant y prendre goût n'ont donc pas l'occasion de briller et être remarqués avant qu'il ne soit trop tard et qu'ils décrochent du système. Mais ces profils restent rares. Beaucoup de jeunes vraiment doués et innovants tirent quand même sacrément bien leur épingle du jeu et réussissent leurs études avec brio, j'en connais, je travaille même avec quelques uns de ces « génies » et j'ai probablement eu la chance d'en avoir quelques uns comme étudiants, et ils n'ont pas l'air si traumatisés que ça.
Le hic c'est donc que des génies méconnus de l'informatique, il y en a probablement, et que certains trouveront peut-être dans cette école une opportunité à saisir. Mais je doute qu'il y en ait 1000 par an de ces « non-bacheliers qui en fait ont un vrai potentiel » et je pense que l'école va probablement rempli ses rangs d'étudiants aux profils beaucoup plus standards. Ces étudiants standards vont donc se développer dans un contexte de pure « pédagogie par projets » pour développer leur potentiel en travaillant essentiellement comme des autodidactes réunis. Ils ne vont finalement rien faire de plus ou moins extraordinaire que dans une formation tout à fait classique, à ceci prêt qu'ils vont certainement passer à coté de la vraie plus-value universitaire : celle de pouvoir étudier des sujets de pointe, et pas seulement des technologies déjà « maîtrisées ». Et comme je le disais déjà ici, pour moi ce qui fait la valeur d'un établissement ce n'est pas de recruter des gens brillants et s'assurer qu'ils le restent, c'est d'apporter de la valeur à la totalité des étudiants, en les poussant plus loin que leur « potentiel brut ».

En définitive je reste pour l'instant dubitatif sur les résultats réels de cette école (qui va attirer, c'est certain) et je pense qu'il faudra juger sur pièce. A terme l'absence de diplôme « réel » et donc valorisable comme tel en sortie d'école risque d'être un handicap sérieux pour des jeunes dans un environnement où l'ingénieur est roi. Il faudra certainement de nombreuses années pour évaluer avec pertinence cet établissement (ne serait-ce que le temps que les premières générations d'étudiants en sortent et s'intègrent dans la vie active) et surtout son impact sur le paysage de la formation informatique en France (ok, surtout autour de la capitale) par sa capacité de captation (parce qu'en prenant 1000 nouveaux étudiants par an, cette école risque d'assécher quelques établissements concurrents et de créer de sérieux appels d'air). Dans un premier temps, nous pourrons observer quelle part de ces fameux « non-bacheliers » nous retrouverons parmi l'ensemble des inscrits de la rentrée 2013, cela sera un premier indicateur quand à la « cible » réelle de l'établissement par rapport à son affichage.
Sur la démarche, autant je trouve très appréciable l'idée de proposer quelque chose de nouveau dans le paysage de la formation en France (parce qu'il n'y a jamais UNE façon de faire les choses, les méthodes et structures doivent être multiples et variées pour que chaque étudiant trouve ce qui correspond à son profil), autant je ne peux que trouver détestable l'idée d'arriver en crachant sur ce qui existe déjà, comme si nous n'étions que des incapables obtus et n'ayant rien apporté de nouveau.

Et de notre coté, nous continuerons à faire ce que nous savons faire de mieux : produire de la connaissance et la diffuser, et tant pis si nous ne sommes pas le MIT et que notre méthode ne plaît pas à M. Niel et ses amis. Parce que l'air de rien, notre travail, nous savons le faire, et que nous sommes bien moins « sclérosés » qu'ils ne veulent bien l'admettre.

Il faudra peut-être que je fasse un billet sur qui court après qui entre universités et entreprises, parce que les tours d'ivoires ne sont pas toujours là où on croit.

Technologic

Parmi les grandes discussions entourant le projet de loi visant à réformer l'enseignement supérieur (oui, encore un, ça faisait longtemps) que notre ministre a présenté officiellement le 20 mars dernier, une de celles qui me touche le plus dans l'immédiat est vraisemblablement celle se tenant autour de la nouvelle obligation des STS (Sections de Technicien Supérieur) d'accueillir en priorité des étudiants issus de Bacs Professionnels et celle des IUT (Instituts Universitaires de Technologie) d'accueillir en priorité des étudiants issus de Bacs Technologiques. Enseignant en IUT depuis environ 8 ans, je commence à avoir un aperçu de ce que donne chez nous l'accueil d'étudiants venant de filières technologiques. De ce que j'en vois, cette politique de quotas qui ne dit pas son nom a tout de la « fausse bonne idée » qui ne va vraisemblablement pas arranger les soucis de notre système d'enseignement supérieur. Au-delà du pseudo argument sur la mission des IUT (sur lesquels je centrerai mon propos) et des STS, il s'agit en effet à mon sens d'une loi qui relève surtout de l'affichage politique et qui va à l'encontre de l'intérêt des étudiants.

Pour commencer, un point sur la situation actuelle. D'après les chiffres que j'ai trouvés sur le site de l'éducation nationale (qui datent un peu), la proportion de bacheliers technologiques en IUT est au global de 33,2% par rapport à l'effectif global. Si cette valeur est vraisemblablement variable suivant les disciplines (l'informatique est réputée par exemple pour prendre peu de bacheliers technologiques en entrée), elle n'est pas réellement « faible ». Il faut donc interpréter ce que peut représenter cette notion de « priorité » avancée par le gouvernement dans le contexte actuel ? S'agit-il de monter à plus de 50% de bacheliers technologiques ? Ou de viser un objectif dans les faits « déjà atteint » qui ne changera pas grand chose au fonctionnement des établissements. Le manque de précision sur les objectifs précis est à ce titre assez gênant puisqu'il entretient autour du débat un flou nous empêchant d'anticiper les effets concrets de la réforme.

Un des grands arguments de cette réforme serait la « mission » des IUT, comme si ceux-ci avaient été conçus pour accueillir les étudiants issus de filières technologiques. Cet argument est en grande partie faux. Historiquement les IUT ont été conçus à la fin des années 60 pour accueillir des étudiants venant de baccalauréat général et cherchant une formation à visée professionnelle en deux ans. Leur ré-orientation vers l'accueil fort d'étudiants issus de filières technologiques n'est que relativement récente, et trouve surtout écho dans la volonté dont a témoigné V. Pécresse lors qu'elle était Ministre de l'enseignement supérieur de 2007 à 2011.
La vraie limite de cette mission de formation professionnelle n'est pas tant due aux IUT en eux-même qu'au contexte qui s'est développé autour. Autant dans les années 70 de nombreux étudiants envisageaient sereinement de se contenter d'un Bac+2 et d'avoir de bonnes perspectives d'emploi et de rémunération, autant à l'heure actuelle tout est fait pour inciter les étudiants à poursuivre leurs études le plus longtemps possible (ou en tout cas à viser un Bac+5, ingénieur ou équivalent) s'ils veulent tirer leur épingle du jeu. Avec en plus une offre de formation supérieure qui s'est étoffée ces dernières années (l'apparition des licences professionnelles et l'augmentation du nombre d'écoles privées), tout incite les étudiants qui en ont les moyens (intellectuels et/ou financiers) à poursuivre le plus longtemps possible.
Or la formation dispensée en IUT est à la fois très complète (1800h en deux ans, plus un stage, alors qu'une formation « fac » propose 450 à 600h de formation par an) et très efficace (car ciblée, et soutenue par des enseignants, enseignants-chercheurs et professionnels qui s'impliquent fortement, parfois d'ailleurs au détriment de leur progression de carrière). Cela fait du DUT un diplôme très apprécié des licences et des écoles qui y reconnaissent des profils compétents, sachant travailler et souvent très motivés par leur champ professionnel. Les IUT ne peuvent donc pas faire grand chose pour enrayer ce phénomène qui leur échappe, à part saboter leur travail volontairement, ce qui serait peu intelligent, tout de même.

Au-delà de cet argument de la mission (qui peut être redéfinie avec le temps, oui, mais n'est pas un argument de « légitimité historique »), cette réforme a en fait une volonté très « politique » et qui fait suite à une série de choix stratégiques concernant l'enseignement français qui mettent le gouvernement actuel dans une situation difficile.
Lors de la création du baccalauréat professionnel en 1985, le ministre J.P. Chevènement a voulu faire de l'affichage : créer une filière professionnelle, censée déboucher sur une insertion directe dans la vie active, mais l'appeler baccalauréat pour pouvoir ensuite se vanter que 80% d'une classe d'age passe le bac (sans distinguer général, technologique et professionnel). Le fait est qu'en choisissant de faire de cette formation professionnelle un baccalauréat, le ministre a ouvert la voie de ces bacheliers à la poursuite d'études dans l'enseignement supérieur, même si ce n'était pas son intention première (le baccalauréat est par définition première un diplôme ouvrant l'accès aux études supérieures, c'est historiquement sa seule raison d'être). Suite à cela, les bacheliers professionnels ont connu la même dynamique que les étudiants d'IUT : un contexte économique incitant plus à la poursuite d'études qu'à l'insertion professionnelle. Sauf que dans leur cas, l'intégration dans les structures d'enseignement supérieur classiques se passe beaucoup moins bien. Du point de vue du supérieur, ces étudiants présentent généralement des faiblesses globales (sur leur capacité de compréhension, de travail, d'autonomie) par rapport à ceux provenant de filières générales ou technologiques qui font qu'ils ne peuvent pas poursuivre efficacement leurs études, sauf cursus spécialement adaptés (et parfois avec des objectifs moindres que ceux des cursus standards). Ils se retrouvent donc dans un monde universitaire auquel ils n'étaient pas vraiment destinés et qu'ils ne sont pour la plupart par armés pour suivre, et échouent.
Du coup, comme il faut permettre à ces bacheliers de poursuivre leurs études (parce que poursuivre ses études après un diplôme professionnel, quand on parle du bac, c'est normal, quand on parle du DUT, c'est un dévoiement du diplôme), il faut leur créer une place là où ils ont une chance de réussir, quitte à pousser les autres. Donc on impose des quotas de Bac Pro en STS, et histoire que les étudiants issus de Bac Techno (un des publics habituels des formations STS) ne soit pas en reste on les recase bon gré mal gré en IUT. Que l'on pousse pour ce faire des étudiants issus du bac général et qui réussissaient jusque là bien en DUT n'est visiblement pas un problème. Et bien entendu personne ne se pose la question de savoir si ces étudiants ainsi casés de force vont réussir leurs études, l'important c'est l'affichage, on pourra toujours reprocher aux enseignants de ne pas faire de miracles ensuite.

Parce que le point censé être la clé de cette réforme, à savoir de permettre la réussite des étudiants, est tout sauf garanti. Notre établissement accueille déjà depuis des années des étudiants issus de Bac Technologique (en Informatique, nous accueillons des étudiants issus de Bac STI ou STG – qui changent de nom cette année), et j'ai déjà eu l'occasion de constater à quel point cet accueil peut être un véritable tremplin pour certains de ces étudiants. Mais la contrepartie de cet accueil est souvent un taux de réussite relativement faible chez ces étudiants, qui s'ils n'ont pas une motivation très forte s'écroulent très souvent en fin de premier semestre. Sur les 16 étudiants issus de Bac Techno que nous avons accueilli en DUT Informatique à la rentrée dernière (dans une promotion de 70 étudiants), la moitié ont déjà abandonné, et les autres ne sont pas sûrs de valider leurs deux premiers semestres.
Le blog Gaïa Universitas, dans son argumentaire en faveur de cet élément de réforme, pointe que le taux de réussite est de 68% chez les étudiants venant de filière technologique en DUT (contre 13,5% en fac, ce qui est effectivement très faible). Mais ce taux est déjà plus faible que le taux de réussite global (de 74,3%) [source site MESR] alors que ces étudiants sont triés sur le volet (examen plus attentif des dossiers, entretiens avec les étudiants afin de mieux cerner leurs motivations et s'assurer qu'ils ne se fassent pas une fausse idée du métier, etc.) et que souvent sont mis en places des efforts particuliers pour aider ces étudiants à réussir (soutien, suivi) qui sont applicables à petite échelle, mais ne sont pas généralisables à l'échelle de toute une promotion (à moins qu'on nous apporte des budgets et des enseignants supplémentaires, mais vous comprenez, c'est la crise). Dans ces conditions, ouvrir les portes de l'établissement en très grand par un mécanisme de priorités risque fortement de faire arriver des étudiants qui ne sont clairement pas armés pour suivre ce genre de cursus, et à qui on aura fait miroiter une poursuite d'études ne pouvant mener qu'à un échec.
Bien entendu à ce moment on nous reprochera de trop attendre de ces étudiants que l'on nous a fait accepter de force et on nous demandera certainement de revoir les ambitions du diplôme à la baisse. Le hic c'est que le DUT n'est pas un diplôme dont le niveau est fixé pour faire joli sur des organigrammes, c'est un diplôme dont le niveau d'attente correspond aux besoins des métiers concernés, et que si c'est pour former des informaticiens incapables d'écrire un programme ou configurer un réseau, autant arrêter les frais tout de suite.

Finalement, si les IUT ne répondent pas actuellement à la « mission » que veut leur confier le gouvernement, il faut bien comprendre qu'ils répondent à un besoin réel. Celui d'étudiants venant de filières générales, pas spécialement privilégiés, qui sont pris à choisir entre des classes préparatoires qui ne leurs conviennent pas (parce qu'ils en ont marre des maths et de la physique, parce que le rythme est éprouvant et souvent destructeur, parce que la formation est « optimisée concours » et n'apporte souvent que peu de compétences employables directement) et des cursus en licence qui n'ont pas les moyens (financiers, matériels et humains) de mettre en place des formations aussi efficaces qu'il le faudrait (et je le sais très bien, je suis un ancien Bac S qui a choisi d'étudier en IUT, puis est passé par la fac et a finalement fait une thèse). Cette politique de priorités (pour ne pas dire quotas, parce que notre ministre nous a dit que le terme de quotas ne serait pas employé, vous comprenez, les mots c'est mal et ça pourrait vouloir dire des choses) passe du coup complètement à coté de ce besoin réel : les étudiants plutôt bons qui seront refusés en IUT « parce qu'il faut faire de la place aux bacs technos » vont se retrouver devant ce choix qu'ils refusent de faire (prépa ou fac) et il y a de fortes chances qu'une grande part d'entre eux finisse par atterrir dans le privé : dans des écoles qui préparent au BTS par exemple (qui étant établissements privés pourront ne tenir aucun compte des priorités ministérielles) ou dans des écoles avec prépa intégrée (certaines délivrant un diplôme d'ingénieur, d'autres un simple Master, et qui dans les deux cas coûteront cher en frais d'inscriptions). Il serait beaucoup plus efficace (et moindre en effets pervers) de travailler davantage sur l'offre universitaire standard, en donnant aux universités les moyens de mettre en place des diplômes de licence aussi attractifs et efficaces en terme de formation que le DUT (en comptant qu'en plus les IUT faisant déjà partie des universités, il y a déjà des bonnes volontés en interne pour aider à améliorer tout ça). Cela attirerait du coup de nouveau les bons étudiants sur les bancs de la fac et créerait mécaniquement de la place en IUT et STS. Mais cela demanderait des moyens, une volonté politique affirmée, et d'arrêter de faire de l'université la dernière roue du carrosse de l'enseignement supérieur français, sûrement trop demander à l'heure actuelle.

Et éventuellement il faudrait envisager d'arrêter de donner le bac à des étudiants qui ne sont pas capables de suivre une consigne simple, manier les opérations de base (tous les ans je commence par réapprendre à mes étudiants comment poser une division) et s'exprimer en français correct. Mais là je suis utopiste.

Et aussi se demander pourquoi dans le système français à chaque fois qu'un gouvernement crée un diplôme à visée professionnelle ce dernier devient en quelques années un tremplin fort pour la poursuite d'études. Il y a certainement une piste intéressante à creuser.

mardi 20 novembre 2012

Thelma et Louise

Mon billet de la semaine dernière, s'il a attiré plus de visiteurs qu'à l'accoutumée (un grand merci à Zythom pour cela), a vraisemblablement fait l'objet d'un quiproquos. J'avais en effet expliqué longtemps auparavant dans ce billet-ci que je renommerai systématiquement mes étudiants, amis et collègues en employant une convention spécifique, afin de protéger leur identité. Le fait que j'ai employé le prénom « Alice », premier nom de ma liste, n'implique donc pas forcément qu'il faille considérer qu'il s'agisse spécifiquement d'unE étudiantE (et je conserverai volontairement ce point ambigu).
Cette confusion, dont j'espère que les lecteurs m'excuseront, est cependant du coup l'occasion de faire un petit bilan sur la question de la mixité (ou plutôt du manque de mixité) dans les cursus informatiques.

Depuis que j'ai commencé mes études en informatique, à la fin du millénaire dernier, j'ai pu constater que les différentes promotions dont j'ai fait partie comptaient environ 10% de présence féminine. Et de ce que j'ai pu constater depuis que je suis enseignant, cette proportion est plus ou moins stable selon les années.
Outre le fait qu'à 18-20, un age où une grande partie des préoccupations de certain(e)s tourne autour de l'idée de passer d'agréables moments avec des personnes du sexe opposé, le fait de n'avoir dans son entourage scolaire immédiat qu'une poignée de filles a tendance à provoquer une certaine frustration chez certains étudiants (qui a au moins le mérite de les pousser à sortir un peu de leurs ordinateurs et à s'intéresser à ce qui se passe à coté), ce manque de mixité n'est pas lourd de conséquences, autant pédagogiques que sociales.

La première est pour les étudiantes en cours de cursus. Peu nombreuses, parfois très (trop) courtisées (ou chahutées, l'étudiant en informatique n'est pas forcément mieux élevé que le joueur de x-box live standard), elles ne se sentent pas toutes à l'aise dans ce genre d'environnement (d'accord, certaines s'en accommodent très bien et sont très contentes d'avoir toujours sous la main de jeunes hommes prêts à leur réexpliquer un cours ou leur porter leur sac, mais ce n'est pas un cas général). Notre équipe a du coup souvent tendance lors des constitutions de groupes à s'assurer qu'aucune fille ne soit seule dans un groupe autrement exclusivement masculin, mais parfois les situations sont vite compliquées.
La deuxième est pour les étudiants eux-mêmes. Mettant de coté les préoccupations grivoises, le manque de mixité dans les promotions tend à provoquer un entre-soi (ou « syndrome du vestiaire après-match ») qui n'est pas forcément des plus épanouissants quand il devient une norme quotidienne. Deux années à ce régime de blagues vaseuses et de concours de qui a la plus grosse carte graphique peuvent ensuite déboucher sur une certaine forme de machisme, un rapport parfois tendu avec les enseignantes, ou tout du moins sur l'impression que l'informatique est un « métier d'homme » (ce qui justement est d'une idiotie totale, mais les clichés auto-entretenus ont fatalement la vie dure).
La troisième est plus large, et concerne la vision que toutes et tous ont de l'informatique et de ses métiers, et des répercussions de cette image sur les jeunes sortant de lycée. En effet, alors que l'informatique est par définition une discipline intellectuelle, un domaine dans lequel il n'existe aucun raison physico-ergono-morphologique qui rende le travail plus difficile à un sexe qu'à un autre, beaucoup continuent de percevoir cette discipline comme un métier d'hommes, qu'ils soient des admins-bricoleurs toujours accroupis dans leurs machines comme les mécaniciens des années 70, des programmeurs-nerds connaissant des encyclopédies entières de langages n'ayant rien à envier au klingon, ou des décideurs-businessmen en costume aux relents de paternalisme. Ce cliché idiot dissuade probablement une quantité non négligeable de jeunes filles à tenter leur chance dans le milieu, ce qui fatalement, appauvri le milieu en question.
Parce que la deuxième observation que nous pouvons faire, c'est que les filles qui s'engagent s'en sortent plutôt bien. Depuis que je suis enseignant, les promotions dans lesquelles je suis intervenu ont compté plus de filles majors de promotion que ne le voudraient les lois statistiques, et les étudiantes que nous envoyons en entreprise (que ce soit en stage ou par apprentissage) ont généralement d'excellents retours de leurs employeurs, autant sur leur compétence technique que sur leur capacité à s'intégrer en milieu professionnel. Et plus on s'élève dans les strates de niveau universitaire, plus la mixité à tendance à se rétablir (d'ailleurs il y a dans mon équipe d'enseignement, autant de permanents masculins que féminins en informatique). Bien entendu là encore toutes ne réussissent pas aussi bien, et il est très possible que l'on trouve un biais du au fait que potentiellement les seules à tenter l'expérience sont celles qui sont les mieux armées intellectuellement et en termes de tempérament pour réussir dans ce genre de cursus, mais je pense qu'à tout le moins les étudiantes n'ont pas à craindre l'informatique, et que beaucoup gagneraient à s'y intéresser.

C'est pour cela que je pense qu'il faut encourager les lycéennes à s'essayer à l'informatique, ou au moins ne pas les décourager à le faire. Je ne trouve rien de plus triste dans mon métier que de voir de jeunes gens limiter eux-même leurs possibilités à cause des rumeurs et d'images.

Et pour rebondir sur le billet de la semaine dernière : depuis que j'enseigne nous avons en effet envoyé un nombre non négligeable d'étudiantes en école d'ingénieur, et elles s'en sortent généralement sans soucis. Certaines même parfois nous recontactent quelques années plus tard pour venir donner des cours en tant qu'intervenantes professionnelles, une manière d'amorcer un cycle vertueux. Reste à faire circuler l'information aux plus jeunes, dans les collèges et les lycées.

vendredi 16 novembre 2012

Stairway to heaven

On m'a fait remarquer récemment que les billets sur ce blog étaient un peu « râleurs » ou pessimistes. Il est vrai que sa charte graphique n'encourage pas à la gaieté et à la joie de vivre (mais non, je ne ferai pas un blog avec des poneys et de l'amitié, cela reste hors de question). Voici donc du coup en contrepoint un billet un peu plus positif, parce qu'enseigner, c'est quand même chouette.

Je vais donc aujourd'hui vous parler d'Alice. Oui, cette Alice là. Alice est une de mes anciennes étudiantes. Elle a passé 2 ans en DUT. Alice venait d'un baccalauréat technologique, avec des résultats certes pas mauvais mais pas spécialement brillants non plus, et une certaine allergie aux mathématiques, comme en ont beaucoup de jeunes quittant le lycée.

Clairement, avec son dossier en sortie de lycée, Alice n'aurait pas eu accès à une prépa, et même si elle y était allée cela probablement aurait été une tentative gâchée par le rythme et les exigences propres aux classes préparatoires (entre autres en mathématiques, dont on continue trop souvent à faire l'alpha et l’oméga de la sélection dans les formations scientifiques en France). Bref, sans être forcément sombre, son avenir était en partie limité par son orientation subie pendant sa jeunesse et par le fonctionnement de notre système d'enseignement, qui met très tôt les jeunes dans des tubes dont il devient ensuite difficile de sortir.

Mais Alice est venue faire un DUT Informatique, et il s'avère que l'informatique lui a plu, vraiment. Il est d'ailleurs probable que l'informatique lui ai déjà plu avant, mais c'est une passion dure à identifier et valoriser avant d'accéder aux études supérieures, tant cette discipline a encore du mal à trouver sa place dans le secondaire. Toujours est-il que ça a marché pour Alice, qu'elle a eu de bons résultats (même si les mathématiques ne sont pas devenus son fort pour autant), qu'elle a gagné ainsi le soutien des enseignants de l'équipe, qui ont appuyé son dossier de poursuite d'études.

Aujourd'hui Alice est élève ingénieure en informatique, et tient sa place sans difficultés au milieu d'étudiants venus du parcours Bac S + prépa classique. Bien sur elle n'est pas à X ou dans une des grandes grandes écoles les plus réputées. Mais elle sortira bientôt avec un titre d'ingénieur, et tout ce que cela implique dans le marché du travail français. Non seulement parce qu'elle est réellement compétente dans son domaine et a su s'investir dans ses études, mais aussi un peu à un moment parce que nous avons été là pour lui donner une chance, lui mettre le pied à l'étrier, et lui donner la possibilité de réaliser son vrai potentiel.

On mesure souvent la valeur d'un établissement en fonction de son taux de réussite et de la qualité de ses diplômés en sortie. Personnellement j'ai toujours trouvé cette méthode de palmarès peu pertinente. Après tout il est facile en recrutant de très bons étudiants au départ de s'assurer qu'ils soient encore très bons à l'arrivée. Pour moi la vraie plus-value d'un établissement d'enseignement se situe dans le différentiel entre le niveau d'entrée et le niveau de sortie de ses étudiants. Et sur ce différentiel, les IUT ont une carte importante à jouer. Nous ne recrutons pas dans nos promotions le haut du panier, cela fait des années que les bacheliers avec de bons et très bons dossiers partent en classes prépas. Mais ceux que nous formons, et à qui nous donnons une chance, peuvent en profiter pour prendre un véritable élan.

Bien sur il ne faut pas se leurrer, tout le monde ne réussit pas, et l'échec en première année est une de nos préoccupations constantes. Certains découvrent que la discipline ne leur convient pas, préfèrent une autre spécialité, ne s'investissent pas en termes de travail personnel, ou parfois simplement n'arrivent pas à suivre malgré leurs efforts. Nous faisons tout notre possible pour lutter contre cet échec, tout en sachant que la solution reine serait de ne jamais prendre de risque, de n'accepter que ceux dont on sait qu'ils réussiront.
Mais justement, prendre quelques risques, faire un pari sur la réussite d'étudiants au dossier pas toujours brillant au départ, c'est donner une chance à des personnes pour Alice, et c'est à mon sens exactement ce pourquoi nous sommes là.